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Bernard Émond —

Une lueur dans les ténèbres…

Les thèmes de la perte et du lien ont teinté l’œuvre de Bernard Émond, avec La neuvaine, La femme qui boit ou encore 20h17 rue Darling. Que ce soit dans le genre documentaire ou dans la fiction, Émond possède une obstination rare, celle de  regarder et de décrire avec clairvoyance les paradoxes de la modernité : un progrès qui devait offrir une vie plus douce, mais qui entretient l’illusion du bonheur individualiste. Émond met en lumière comment se manifeste dans notre société la perte du lien et le sens du bien commun.

Plan large, un campement dans la neige. Une motoneige arrive doucement droit devant nous. Un homme étendu dans la cabane n’a pas touché à son repas. Monique, le personnage principal demande régulièrement à Paul de rendre visite à son mari, Louis. Cette fois-ci, un infarctus a terrassé son époux. Commence le deuil, la solitude, la souffrance de la perte. Monique décide de prendre la route. Elle rend visite à ses enfants qui, surmenés par le travail, l’évitent. Elle retourne ensuite sur les lieux de son enfance. L’église quand elle était petite ? Démolie, comme si quelque chose d’elle avait été arraché. Que reste-t-il de la ferme de ses grands-parents, qui était toujours fleurie ? Remplacée par d’immenses silos.

Émond ne pleure pas la modernité, on ne trouve pas dans son film de pathos larmoyant. Il ne dit rien, il montre, met en scène la vertu, le respect spontané de l’autre. La caméra tel un témoin capte les émotions, celui d’un visage profond, habité. Le film est une ode à la dignité. Cette femme incarne la décence. Le film trouve sa musicalité dans les contrastes : la neige, l’obscurité de la cabane ; le fossé entre les enfants pris dans le tourbillon de la modernité et Monique dans sa simplicité remarquable. Puis ses retrouvailles avec la jeune Sylvie évoquent le savoir-être paysan, une vision du monde : la solidarité.

Les tableaux alternent par des fondus au noir ou au blanc. Le parti pris du travail photographique interpelle le spectateur par son aspect documentaire. Aucune ligne droite : ni horizontale ni verticale, comme pour rendre encore plus proche ce témoignage. La caméra adopte toujours un léger angle, un décalage, qui produit une sensation d’étrangeté.

La focale abolit la distance entre le spectateur et le visage de Monique. À travers le regard noble de l’actrice, on vit ses affections,  le manque de l’être cher,  la douleur physique. Le film ne prend pas aux tripes, il met dans un état de sincère empathie.  Sous nos yeux se dessine le portrait de Louis, la bonté de cet homme, son humilité. « C’est rare les gens qui s’intéressent aux autres » dit Monique à propos de celui qui vient de disparaître de la vie.

Voici le talent d’Émond : sa maîtrise de l’art cinématographique. Il en est à la fois l’héritier et le passeur. Avec cette acuité qui le caractérise, sa douceur et ses nuances, à contre-courant de toutes les productions hollywoodiennes, il nous transmet des valeurs profondes. Quand on sort de ce film, on ne se sent plus seul, mais plus vivant, appartenant à une grande famille, l’humanité. Émond est un paysan solaire qui cultive l’espoir.

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